Goma : Les jeunes valident l’agenda national de paix

Goma : Les jeunes valident l’agenda national de paix

Goma : Les jeunes valident l’agenda national de paix

Saint Janvier ZIHALIRWA
8 min de lecture
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Les jeunes veulent sortir de la victimisation et prendre une place centrale dans les décisions et initiatives en faveur de la paix. Ceci est ressorti lors d’un atelier consacré à la validation d’un agenda national de paix tenu ce mardi 1er septembre 2026 à Goma, dans la province du Nord-Kivu, organisé dans le cadre du projet Kizazi Cha Amani (Ndr : Génération paix pour les Grands Lacs), financé par l’union européenne et mis en œuvre par International Alert (lead) et Pole Institute.

Impliquant notamment des jeunes, la rencontre a réuni plusieurs participants autour des questions liées à la consolidation de la paix, à l’inclusion sociale et à la cohabitation interculturelle dans la région des Grands Lacs.

Selon Laetitia Mutingwa, membre d’une organisation impliquée dans le processus et du Forum Inter Résau de Goma et Nyiragongo, cet atelier intervient après plusieurs travaux réalisés au niveau local. Des recherches-actions participatives ont notamment été menées dans différents espaces, notamment dans le territoire de Nyiragongo, à Goma et dans la commune de Karisimbi. Ces travaux avaient pour objectif de recueillir les réalités et les préoccupations des communautés afin de mieux orienter les initiatives en faveur de la paix.

À partir des résultats obtenus, un agenda de paix a été élaboré au niveau local, notamment pour Goma et le Nord-Kivu. La démarche vise désormais à consolider ces différentes expériences et à aboutir à un agenda national prenant également en compte les réalités du Sud-Kivu et d’autres espaces concernés par le projet.

Laetitia explique que l’objectif est de parvenir à un agenda national de paix et à un agenda des jeunes pour la paix. La démarche entend ainsi donner aux jeunes une place plus importante dans les discussions et les mécanismes liés à la paix.

Pour les organisateurs, l’une des particularités du projet réside dans l’implication directe de la jeunesse. Le projet se veut, selon Laetitia, « par les jeunes, pour les jeunes et avec les jeunes ». Les initiatives doivent donc partir des réalités vécues par les jeunes et des propositions formulées par eux-mêmes, plutôt que d’être uniquement conçues à leur intention.

Cette approche s’appuie notamment sur les recherches-actions participatives menées au sein des communautés. Celles-ci doivent permettre d’adapter les priorités du projet aux préoccupations exprimées localement. Les jeunes disposent ainsi d’un espace pour proposer des initiatives et des innovations correspondant à leurs différentes réalités.

 

La place des médias dans le processus…

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La question du rôle des médias et des influenceurs a également été évoquée au cours de l’atelier. Parmi les recommandations issues du processus figure la lutte contre les rumeurs et la propagation des fausses informations. Les jeunes ont notamment insisté sur la nécessité de vérifier les informations avant de les publier ou de les partager.

Cette recommandation appelle également à une plus grande responsabilité dans la diffusion de l’information. Les participants ont souligné l’importance de vérifier la véracité d’une nouvelle et de s’assurer de la fiabilité de sa source avant de se prononcer publiquement. Les médias étant considérés comme un acteur important de la société, les jeunes souhaitent que leur rôle dans la prévention des tensions soit davantage pris en compte.

 

Quelques particularités prises en compte…

Les échanges ont aussi porté sur les réalités particulières des différentes zones concernées par le projet. Laetitia Mutingwa a notamment évoqué l’existence de conflits identitaires qui viennent s’ajouter à d’autres tensions dans certaines zones. Les recommandations formulées cherchent ainsi à tenir compte des spécificités locales dans la recherche de solutions en faveur de la paix. « Nous avons organisé cet atelier à Goma dans le cadre de la validation de l’agenda de paix, avec les jeunes au centre de cette démarche. L’objectif est de construire un agenda qui puisse consolider les différentes recommandations issues des recherches menées sur le terrain et qui puisse ensuite être porté auprès des décideurs au niveau national et régional. Nous voulons également que les jeunes cessent d’être seulement des bénéficiaires des projets et deviennent eux-mêmes des acteurs capables de proposer des initiatives. C’est un projet qui se veut par les jeunes, pour les jeunes et avec les jeunes », a-t-elle indiqué.

Du côté des participantes, Alice Kitoga, étudiante à l'ULPGL estime que l’atelier a permis de mieux comprendre l’importance de l’implication des jeunes dans le processus de consolidation de la paix. Elle considère que les jeunes doivent être associés aux questions qui les concernent et notamment aux décisions relatives à leur sécurité, plutôt que de rester dans une position où ils subissent simplement les décisions prises par les autorités.

Alice Kitoga insiste également sur la nécessité pour les participants de partager les enseignements de l’atelier avec d’autres jeunes. Pour elle, les personnes présentes représentent également d’autres jeunes et doivent donc restituer les discussions auprès de leurs pairs afin d’élargir la participation de la jeunesse au processus. « Ce qui est important dans cet atelier, c’est que les jeunes soient impliqués dès le début dans la construction de cet agenda de paix. Nous avons d’abord eu la présentation des résultats des recherches menées sur le terrain, parce qu’avant de chercher des solutions, il faut d’abord comprendre les problèmes. Cet agenda va servir de feuille de route pour les futurs projets et activités. Nous, en tant que jeunes participants, nous devons aussi restituer ces informations auprès de nos pairs, parce que ce qui est fait pour nous sans nous est contre nous », a-t-elle souligné.

Pour sa part, Joviale Nabakati, étudiante à l'université de Goma estime que les jeunes doivent sortir d’une posture de victimisation. Elle explique avoir compris, à travers le processus, que la jeunesse peut elle aussi participer à la prise de décision, notamment lorsqu’il est question de sécurité et de recherche de la paix. Elle souligne également que la participation aux décisions ne devrait pas être réservée aux membres des grandes organisations ou aux personnes présentes dans les grandes instances. Selon elle, même un jeune engagé dans une organisation formelle ou informelle peut formuler des propositions, exprimer son point de vue et contribuer ainsi à la recherche de la paix. « Les jeunes doivent sortir de cette position où ils se considèrent uniquement comme des victimes des décisions prises par les autorités. Nous avons compris que nous pouvons aussi participer à la prise de décision, notamment sur les questions liées à la sécurité et à la paix. Cette participation n’est pas réservée aux personnes qui travaillent dans de grandes organisations. Même dans une organisation formelle ou informelle, chaque jeune peut formuler des propositions et contribuer à la construction d’une paix durable», dit-elle.

Une autre participante Keren Ndivito, membre d'une structure des jeunes impliquée dans le projet Kizazi Cha Amani, a salué la démarche visant à impliquer les jeunes dans la construction de la paix, l’inclusion sociale et la cohabitation interculturelle. Elle a estimé que les recommandations issues de l’atelier étaient réalistes et pragmatiques, tout en insistant sur la nécessité de favoriser la cohabitation entre les différentes cultures dans la région des Grands Lacs. « Nous devons comprendre que la construction de la paix concerne directement les jeunes. Il est important de promouvoir la paix, l’inclusion sociale et la cohabitation interculturelle dans notre région des Grands Lacs, qui est composée de plusieurs cultures. Nous devons donc cultiver cette culture de paix dans nos familles, dans nos communautés et dans nos relations avec les autres. La jeunesse doit prendre conscience de son rôle et s’engager pour que la paix puisse réellement s’enraciner dans la région », a-t-elle indiqué.

À travers leurs différentes interventions, les participantes ont finalement appelé les jeunes à prendre davantage leurs responsabilités dans la recherche de la paix.

L’idée défendue au cours de l’atelier est de faire évoluer le rôle de la jeunesse, afin qu’elle ne soit plus uniquement bénéficiaire des projets portés par les organisations nationales et internationales, mais qu’elle puisse elle-même proposer des initiatives adaptées aux réalités locales et participer aux décisions qui concernent son avenir.

 

Gloire Balolage

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