Du 15 au 17 avril 2025, une formation a rassemblé à Goma 25 journalistes et influenceurs dans le cadre du projet "Youth Leading the Way for Peace in North-Kivu" (Ndlr : Jeunes ouvrent la voie pour la paix au Nord-Kivu), initié par le Club RFI Goma. Autour du thème central « La place des médias dans la consolidation de la paix ». Cette session a été l’occasion de renforcer les capacités des professionnels des médias sur des enjeux cruciaux qui sont entre autre la prévention des conflits, la lutte contre les discours de haine, la cohabitation pacifique et la désinformation.
La première journée de la formation a posé les bases du peacebuilding, en mettant en lumière les rôles fondamentaux que peuvent jouer les journalistes dans des sociétés fragilisées. Les échanges ont permis aux participants de réfléchir à la manière dont l’information peut être utilisée comme levier de paix, ou au contraire comme facteur de division, selon son traitement.
Parmi les orateurs, Tuver Wundi, formateur en journalisme, expert en communication et représentant de Journalistes en Danger (JED) au Nord-Kivu, a fortement insisté sur la responsabilité des médias dans la construction de la paix. Selon lui, les journalistes ne doivent pas se positionner comme des faiseurs de paix au-dessus des autres, mais comme des relais d’expression et de compréhension au service des communautés. « Les journalistes ne sont pas des outils qui imposent la paix, mais ils ont le devoir d’éclairer les opinions en exposant les causes profondes des conflits », a-t-il déclaré. Il a souligné que les professionnels des médias doivent offrir une tribune à toutes les voix, même contradictoires, pour favoriser un dialogue authentique.
Tuver Wundi a aussi mis en garde contre le danger d’un journalisme prétentieux et militant, qui perdrait sa neutralité. Il rappelle que l’éthique et la déontologie doivent rester les boussoles de tout professionnel. « Nous n’avons pas besoin de héros journalistes, mais des journalistes vivants, responsables, qui maîtrisent le contexte dans lequel ils évoluent », a-t-il affirmé.
Face aux zones sous contrôle de groupes armés ou à forte instabilité, il a plaidé pour une approche stratégique qui est celle de faire preuve de discernement, briser la peur, mais toujours s’interroger sur l’utilité sociale de chaque reportage. « Le journaliste est un thérapeute de la société », a-t-il ajouté, appelant à produire une information qui soigne plutôt que blesser.
Un autre orateur de cette session est David Kalenda Mukendi, directeur de la radio Pole FM Goma et enseignant en science de l’information et de la communication. Il a abordé le thème de la désinformation comme un obstacle majeur à la paix, en soulignant les dangers réels que représentent les fake-news dans une région marquée par l’insécurité et la méfiance. « Aujourd’hui, le journaliste n’a plus le monopole de l’information. Les réseaux sociaux ont changé la donne. Il faut désormais être mieux armé pour identifier les fausses nouvelles, qu’elles viennent de sources officielles ou non », a averti Kalenda. Ce dernier insiste sur la nécessité pour les jeunes journalistes d’utiliser des outils numériques de vérification et de rester vigilants.
Dans une seconde partie de son intervention, il s’est attardé sur le phénomène des discours de haine, qui, selon lui, gangrènent de plus en plus les échanges dans les zones de conflit. Il encourage les participants à savoir détecter des propos toxiques, à les signaler et à contribuer activement à leur suppression.
L’évolution rapide des technologies, notamment l’intelligence artificielle, a également été abordée comme un nouveau défi. David Kalenda a présenté des ressources permettant de distinguer le vrai du faux dans un environnement informationnel de plus en plus complexe. « Le journaliste de demain doit être un professionnel formé en continu, capable d’adapter ses outils à la réalité numérique », a-t-il affirmé.
Un appel à l’appropriation…
Lors de la clôture de la formation, Me Zacharie Bashwira, coordinateur du Club RFI Goma, a repris le flambeau de cet appel à la responsabilité. Dans son intervention, il a invité les journalistes à devenir des «acteurs de paix», ce qui veut dire des repères capables d’influencer positivement les mentalités par le biais d’une information fiable et constructive. « Avec votre travail quotidien, vous pouvez devenir des acteurs de paix. À travers votre plume et votre parole, vous avez le pouvoir d’encourager la cohésion sociale », a-t-il souligné. Il a insisté sur la nécessité de bannir les discours de haine et de privilégier une narration qui rassemble au lieu de diviser.
La formation, selon Me Zacharie, n’était que le point de départ d’un processus plus large. Des productions médiatiques, des émissions radio, des podcasts, des contenus en ligne verront bientôt le jour pour prolonger l’impact de cet atelier auprès de la population. « C’est pour cela que nous avons commencé par vous, les journalistes. Car vous êtes les porteurs du message », a-t-il expliqué.
Cette session de formation a été unanimement saluée par les participants, qui ont exprimé leur volonté de mettre en pratique les notions apprises. Pour eux, il s’agit désormais de traduire cet apprentissage en action, dans les rédactions, sur les ondes, dans les publications numériques et sur les réseaux sociaux.
À travers cette initiative, le Club RFI Goma pose ainsi les fondations d’un journalisme résolument tourné vers la paix, la vérité et la responsabilité. Dans un contexte régional encore marqué par des tensions et des fractures, cette démarche apparaît plus que jamais nécessaire.
La rédaction
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